Vous allez au travail à vélo, en covoiturage ou avec une trottinette en libre-service ? Le forfait mobilités durables (FMD) peut vous permettre de recevoir une aide financière de votre employeur. Mais au moment de faire la demande, une question très concrète se pose : quels documents faut-il réellement fournir ? Entre l’attestation sur l’honneur, les factures, les relevés d’une plateforme de covoiturage et les règles parfois très différentes d’une entreprise à l’autre, il est facile de s’y perdre. Voici le guide pratique pour constituer un dossier sérieux, sans fournir de documents inutiles.
Le point essentiel : il n’existe pas de justificatif universel
Le forfait mobilités durables est une participation facultative de l’employeur aux trajets entre votre domicile et votre lieu de travail réalisés avec certains modes de transport plus durables. Dans le secteur privé, la loi encadre le dispositif, mais elle ne crée pas un formulaire unique valable dans toutes les entreprises.
En pratique, les règles applicables sont précisées par :
- un accord d’entreprise ou de branche ;
- un accord interentreprises, le cas échéant ;
- ou une décision unilatérale de l’employeur, communiquée aux salariés.
Ces textes ou cette note RH indiquent notamment les mobilités prises en charge, le montant du forfait, la fréquence de versement et les preuves demandées. L’employeur peut accepter une simple attestation sur l’honneur, réclamer des justificatifs précis, ou associer les deux. Il doit toutefois appliquer des critères cohérents et identiques aux salariés placés dans une situation comparable.
💡 Le forfait n’est pas un remboursement au centime près
Le FMD est, comme son nom l’indique, un forfait. Vous n’avez donc pas forcément à justifier chaque euro dépensé. L’enjeu est surtout de démontrer que vous utilisez effectivement un mode de déplacement éligible pour vos trajets domicile-travail, selon les règles fixées par votre employeur.
Quels justificatifs selon votre situation ?
| Situation | Pièce généralement demandée ou utile | À retenir |
|---|---|---|
| Salariée du privé | Attestation sur l’honneur et/ou justificatifs définis par l’entreprise | Consultez l’accord FMD, l’intranet ou le service RH avant d’envoyer vos documents. |
| Agente de la fonction publique | Déclaration sur l’honneur indiquant le mode de transport et le nombre de jours d’utilisation | Elle est au cœur de la demande ; l’administration peut demander des éléments de contrôle. |
| Vélo personnel ou vélo à assistance électrique | Le plus souvent, attestation sur l’honneur ; éventuellement éléments d’usage | La facture d’achat du vélo ne prouve pas, à elle seule, les trajets domicile-travail. |
| Vélo ou engin loué | Contrat de location, factures, historique de l’application ou relevé d’abonnement | Les documents doivent idéalement faire apparaître les dates d’utilisation. |
| Covoiturage | Historique de trajets, reçus de plateforme, relevé de paiements ou attestation | Le covoiturage peut être pratiqué comme conductrice ou passagère. |
| Autopartage, vélo partagé, trottinette partagée | Factures, tickets dématérialisés, relevés mensuels de l’opérateur | Téléchargez les relevés avant qu’ils ne disparaissent de votre application. |
| Transports publics occasionnels | Titres de transport ou relevés d’achat, si ce mode est retenu par l’entreprise | Un abonnement de transport suit souvent le régime distinct de la prise en charge employeur. |
Les documents à fournir pour chaque mode de déplacement
Vous venez travailler avec votre vélo personnel
Pour un vélo classique, un vélo pliant ou un vélo à assistance électrique, la pièce la plus fréquente est une attestation sur l’honneur. Vous y déclarez utiliser régulièrement votre vélo pour tout ou partie de vos trajets domicile-travail pendant la période concernée.
Une entreprise peut aussi demander un élément complémentaire : une photographie du vélo, un relevé de stationnement sécurisé, une attestation de participation à un challenge vélo ou, plus rarement, une facture d’entretien. Attention : ces documents peuvent conforter votre dossier, mais la facture d’achat de votre vélo n’est pas automatiquement un justificatif de FMD. Le dispositif vise l’usage pour aller travailler, pas l’acquisition du vélo.
Vous louez un vélo, un scooter électrique ou une trottinette
Les documents les plus parlants sont ceux qui attestent d’une utilisation datée : facture de location, contrat d’abonnement, relevé mensuel, reçu de course ou historique de trajets généré par l’application. Si votre employeur demande un justificatif par mois, pensez à exporter vos documents régulièrement : de nombreuses applications ne conservent l’historique détaillé que durant une période limitée.
Ne transmettez que les données nécessaires. Si un relevé fait apparaître des trajets privés, vous pouvez demander aux RH quel niveau de détail est attendu ou, lorsque cela reste lisible, masquer les informations sans rapport avec la demande, comme un moyen de paiement ou une adresse personnelle complète.
Vous covoiturez
Les plateformes de covoiturage fournissent généralement un relevé des trajets, les dates, le statut de conductrice ou de passagère et les montants éventuellement versés ou reçus. C’est le document idéal si votre entreprise exige une preuve. Sans plateforme, une attestation sur l’honneur peut être admise, éventuellement accompagnée d’un calendrier de covoiturage ou d’une attestation du conducteur ou de la passagère, si les RH le prévoient.
Le point important est de prouver la réalité du covoiturage, et non simplement l’utilisation de votre voiture. La conduite seule dans un véhicule personnel ne relève pas du forfait mobilités durables.
Vous utilisez un service de mobilité partagée
Vélos en libre-service, voitures en autopartage, cyclomoteurs partagés ou certains engins de déplacement personnels motorisés peuvent entrer dans le champ du FMD lorsqu’ils correspondent aux modalités retenues par l’employeur. Gardez les tickets électroniques, les factures de courses et les relevés mensuels. Les services de taxi ou de VTC ne sont pas, en principe, assimilés à une mobilité partagée éligible au FMD.
Un bon justificatif répond à trois questions simples : quel mode de déplacement avez-vous utilisé, à quelle période et pour vos trajets domicile-travail ?
Attestation sur l’honneur ou factures : que choisir ?
Lorsque l’entreprise laisse le choix, l’attestation sur l’honneur est souvent la solution la plus simple. Elle n’autorise pas pour autant une déclaration approximative : vous devez pouvoir défendre les informations transmises si l’employeur réalise un contrôle.
Attestation sur l’honneur : les atouts
- Rapide à remplir, notamment avec un vélo personnel.
- Évite d’accumuler des tickets pour un forfait qui n’est pas un remboursement de frais.
- Respecte davantage votre vie privée qu’un historique de déplacements détaillé.
- Particulièrement adaptée à une pratique régulière et facile à décrire.
Justificatifs : les limites à anticiper
- Ils peuvent être obligatoires si l’accord ou les RH les exigent.
- Une facture d’achat isolée ne démontre pas toujours l’usage domicile-travail.
- Les relevés d’application peuvent contenir des données personnelles.
- Les tickets non téléchargés à temps peuvent être difficiles à récupérer.
Si votre employeur demande une attestation, elle peut être rédigée très simplement. Indiquez vos nom et prénom, votre service, la période visée, le ou les modes utilisés, une fréquence estimative ou le nombre de jours lorsque celui-ci est requis, puis datez et signez. Ajoutez une phrase certifiant l’exactitude de votre déclaration.
Exemple de formulation : « Je soussignée [nom], atteste sur l’honneur avoir utilisé mon vélo personnel et le covoiturage pour mes trajets entre mon domicile et mon lieu de travail sur la période du [date] au [date], selon les modalités prévues par l’entreprise. » Si vous avez déjà reçu un remboursement pour le même trajet au titre d’un autre dispositif, mentionnez-le lorsque le formulaire le prévoit : les règles de cumul doivent être contrôlées par l’employeur.
Cas particulier : les documents à fournir dans la fonction publique
Pour les agentes et agents publics, la demande de forfait mobilités durables repose habituellement sur une déclaration sur l’honneur. Elle précise le ou les modes éligibles employés ainsi que le nombre de jours de trajets domicile-travail effectués sur l’année civile. Dans la fonction publique, le montant est généralement modulé selon des paliers de jours d’utilisation : l’important est donc de compter vos jours avec attention.
À titre indicatif, les paliers couramment appliqués sont de 30 à 59 jours, de 60 à 99 jours et d’au moins 100 jours, avec une aide pouvant aller jusqu’à environ 300 euros par an selon le versant de la fonction publique et les règles en vigueur. Le service employeur peut effectuer des contrôles et solliciter des éléments complémentaires, tels qu’un contrat de location, des relevés de covoiturage ou des justificatifs de mobilité partagée.
Les modalités exactes peuvent varier entre fonction publique d’État, territoriale et hospitalière, notamment concernant le calendrier de dépôt et les circuits de validation. Consultez votre espace agent ou votre direction des ressources humaines, plutôt que de vous fier à une ancienne campagne.
Montant du FMD : pourquoi vos pièces ne doivent pas nécessairement totaliser le forfait
Dans le privé, le montant versé est fixé par l’employeur dans le cadre légal et conventionnel applicable. Il peut être payé mensuellement, trimestriellement ou annuellement. Les plafonds d’exonération sociale et fiscale évoluent régulièrement ; à titre d’ordre de grandeur, le plafond du FMD est souvent présenté autour de 600 euros par salarié et par an, avec un plafond global plus élevé, pouvant atteindre environ 900 euros, dans certaines situations de cumul avec la prise en charge d’un abonnement de transport collectif ou de location de vélos.
Ces plafonds sont des limites d’exonération, non une somme automatiquement due. Votre entreprise peut très bien prévoir 150, 300 ou 500 euros, sous conditions. Vérifiez toujours les montants applicables pour l’année du versement sur la documentation RH et les références actualisées de l’Urssaf.
Autrement dit, si vous recevez un forfait annuel de 300 euros pour vos déplacements éligibles, vous n’avez pas forcément besoin de produire 300 euros de tickets. En revanche, vous devez respecter la procédure de preuve fixée par votre employeur.
Les erreurs qui peuvent bloquer votre demande
- Confondre FMD et prime transport : les dépenses de carburant ou d’alimentation d’un véhicule personnel utilisé seule ne justifient pas, en elles-mêmes, le forfait mobilités durables. Elles peuvent relever d’un autre mécanisme, soumis à ses propres conditions.
- Envoyer une facture d’achat de vélo comme unique preuve : elle prouve l’achat, pas nécessairement les déplacements professionnels domicile-travail.
- Déclarer un abonnement de transports collectifs sans vérifier le bon dispositif : la prise en charge obligatoire d’un abonnement répond à un régime distinct, même si des cumuls peuvent être possibles dans certaines limites.
- Oublier les dates : un ticket sans date ou un relevé sans période est peu exploitable par les RH.
- Demander le FMD pour des déplacements de loisirs : le trajet concerné doit être lié au domicile et au lieu de travail.
- Déposer un dossier incomplet après l’échéance : certaines entreprises n’ouvrent les demandes qu’une fois par an.
- Déclarer une pratique inexistante ou gonfler le nombre de jours : une fausse attestation peut entraîner un remboursement des sommes perçues et des conséquences disciplinaires.
Votre check-list avant d’envoyer le dossier
- Retrouvez la politique FMD de votre entreprise, votre convention ou la note RH.
- Vérifiez que votre mode de déplacement est bien éligible dans votre organisation.
- Identifiez la période concernée et la date limite de dépôt.
- Préparez l’attestation sur l’honneur demandée, en indiquant précisément les informations requises.
- Ajoutez vos reçus, factures, historiques de trajets ou contrats de location uniquement s’ils sont demandés ou utiles.
- Contrôlez les éventuels remboursements déjà reçus pour les mêmes déplacements.
- Gardez une copie datée de votre dossier et des justificatifs transmis pendant plusieurs années, selon la politique de conservation de votre employeur.
🌿 Le réflexe qui fait gagner du temps
Créez un dossier numérique intitulé « FMD année en cours » et enregistrez-y chaque mois vos relevés de location, de mobilité partagée ou de covoiturage. À la campagne de demande, votre dossier est prêt et vous évitez la chasse aux tickets.
Et si vous n’êtes pas éligible au forfait mobilités durables ?
Le FMD dépend d’une initiative de l’employeur dans le secteur privé : il n’est donc pas systématiquement proposé. Si votre entreprise ne l’a pas mis en place, vous pouvez vous renseigner auprès des représentants du personnel, des RH ou de votre manager sur la possibilité de l’instaurer. Présentez une demande concrète : modes concernés, nombre de salariés intéressés, procédure d’attestation simple et budget annuel indicatif.
Vous pouvez aussi vérifier vos autres droits : prise en charge de l’abonnement de transports collectifs ou de location publique de vélos, indemnisation de certains frais de transport, aides locales à l’achat ou à la location d’un vélo, et dispositifs de stationnement vélo sécurisé. Ces aides ne se substituent pas toutes au FMD, mais elles peuvent compléter utilement votre budget mobilité.
Retenez surtout ceci : commencez par la règle interne de votre employeur. Une attestation sur l’honneur claire suffit très souvent ; si des pièces sont requises, privilégiez les documents datés qui démontrent l’usage réel de votre mobilité durable pour aller travailler. Vous aurez ainsi un dossier à la fois léger, fiable et conforme.