Massif, polyvalent et rassurant, le bastaing est l’un des grands classiques du bricolage structurel. On le retrouve sous une terrasse, dans un plancher, pour fabriquer un établi très solide, une pergola, un abri de jardin ou encore une ossature de rangement. Mais derrière ce mot très courant se cachent des réalités moins simples qu’il n’y paraît : les dimensions ne sont pas parfaitement standardisées, tous les bois ne se valent pas, et une section généreuse ne garantit pas à elle seule la sécurité d’un ouvrage. Voici comment choisir, acheter et utiliser un bastaing avec méthode.

Qu’est-ce qu’un bastaing, exactement ?

Un bastaing est une pièce de bois sciée de forte section rectangulaire, généralement en résineux. Historiquement, ce terme désigne un bois de charpente suffisamment épais et haut pour participer à une structure : solivage, ossature, renfort, support de plancher ou de couverture légère.

Dans le langage des négoces et des grandes surfaces de bricolage, le mot est souvent employé pour des sections autour de 63 mm d’épaisseur et de 175 à 225 mm de hauteur. Le fameux « bastaing de 63 × 175 mm » est un repère très courant. Toutefois, les dénominations commerciales varient selon les régions, les scieries et les fournisseurs : fiez-vous toujours à la section réelle affichée en millimètres, pas uniquement au nom du produit.

💡 Le bon réflexe avant d’acheter

Demandez-vous d’abord ce que le bois devra porter, sur quelle distance et dans quel environnement. Pour une étagère d’atelier, un bastaing peut être surdimensionné ; pour un plancher habitable, il peut au contraire être insuffisant sans calcul adapté.

Bastaing, madrier, chevron, solive : quelles différences ?

Les frontières entre ces termes ne sont pas totalement fixes, mais les usages permettent de s’y retrouver. Le bastaing est une pièce robuste, fréquemment posée sur chant — c’est-à-dire avec sa grande hauteur verticale — afin de mieux résister à la flexion. Le madrier est souvent plus large ou plus massif, tandis que le chevron est en principe plus fin et destiné notamment aux charpentes de toiture. La solive, elle, décrit surtout une fonction : c’est une pièce horizontale qui porte un plancher.

ÉlémentSection courante indicativeUsage habituelÀ retenir
ChevronEnviron 40 × 60 à 63 × 75 mmToiture, liteaux porteurs, petites ossaturesPlus léger, conçu pour des charges et portées modérées.
BastaingSouvent autour de 63 × 175 à 225 mmSolivage, plancher, terrasse, structures robustesSa hauteur lui donne une bonne rigidité lorsqu’il est posé sur chant.
MadrierSouvent 75 mm ou plus d’épaisseur, largeurs variablesCharpente, linteau, ossature lourde, aménagement massifTerme variable selon les fournisseurs : vérifiez la section exacte.
PoteauSection carrée ou quasi carréeSupport vertical de pergola, auvent, abriTravaille principalement en compression, à la verticale.

Les dimensions citées sont des ordres de grandeur, non des normes universelles. Une pièce rabotée peut aussi mesurer légèrement moins que sa section nominale après usinage.

Pour quels projets utiliser un bastaing ?

Le bastaing est intéressant quand vous recherchez de la rigidité, de la stabilité et une réserve de résistance. Il convient particulièrement à :

  • la création ou la rénovation d’un solivage de plancher ;
  • la structure secondaire d’une terrasse sur plots ou sur lambourdes porteuses ;
  • un établi, une table de rempotage, un support de machine ou un rack de stockage ;
  • l’ossature d’un abri, d’une petite dépendance ou d’une pergola, sous réserve d’un dimensionnement cohérent ;
  • des marches extérieures, des bancs épais, des retenues de terrain légères ou des aménagements paysagers ;
  • des renforts ponctuels, à condition de comprendre précisément le cheminement des charges.

En revanche, il ne faut pas choisir un bastaing « parce qu’il a l’air solide » pour remplacer au hasard une poutre, un linteau ou un élément de charpente. Une poutre qui reprend un mur, un plancher chargé, une ouverture ou une toiture demande une étude de portée, de charge et d’appuis.

En structure, le bois ne se choisit pas seulement à l’œil : sa section, sa qualité mécanique, son orientation, ses appuis et ses assemblages forment un tout.

Comment choisir le bon bastaing : les 7 critères essentiels

1. La section et le sens de pose

La première notation correspond à l’épaisseur, la seconde à la hauteur : un 63 × 175 mm fait environ 63 mm d’épaisseur pour 175 mm de haut. Pour une pièce qui doit franchir une distance entre deux appuis, on la pose généralement sur chant, avec les 175 mm à la verticale. Cette orientation augmente très nettement sa résistance à la flexion par rapport à une pose à plat.

Ne réduisez pas le choix à « plus gros = mieux ». Une section très lourde est plus coûteuse, plus difficile à manipuler et peut imposer des fixations ou des supports plus robustes. Le bon dimensionnement est celui qui répond aux charges, à la portée et à l’usage réel.

2. La portée, l’entraxe et les charges

La portée est la distance libre entre deux appuis. L’entraxe est l’écartement entre deux solives ou bastaings parallèles. Plus la portée est longue, plus la pièce fléchit ; plus les éléments sont espacés, plus chacun reçoit de charge. Une terrasse piétonne, une pièce de vie, une zone de stockage de cartons ou un atelier avec des machines n’ont pas les mêmes contraintes.

Pour un simple meuble, vous pouvez raisonner de façon pratique. Pour un plancher, une toiture, un garde-corps, une structure en hauteur ou un ouvrage accueillant du public, utilisez des abaques fiables correspondant au système envisagé ou sollicitez un charpentier, un bureau d’études ou un professionnel qualifié. Attention : un calcul sérieux tient également compte de la flèche acceptable, pas uniquement du risque de rupture.

3. L’essence de bois

Les résineux tels que le sapin, l’épicéa, le pin ou le douglas sont les plus accessibles. Ils sont légers, faciles à couper et largement disponibles. Le douglas est apprécié dehors pour sa durabilité naturelle relative, surtout hors contact avec le sol et avec une bonne ventilation. Le pin traité est aussi fréquent pour les usages extérieurs. Les feuillus durs peuvent convenir à certains projets, mais ils sont plus lourds, plus coûteux et moins courants sous l’appellation bastaing.

Le choix doit relier essence et exposition : un très beau bois non protégé ne résistera pas durablement s’il reste humide, mal ventilé ou en contact direct avec la terre.

4. La classe d’emploi : indispensable à l’extérieur

La classe d’emploi indique l’exposition possible du bois à l’humidité et au risque biologique. Pour un intérieur sec, un bois non traité peut suffire. Pour une terrasse ou une pergola, recherchez un produit prévu pour une exposition extérieure appropriée. Le contact direct avec le sol, l’eau stagnante ou une humidité persistante nécessite une protection bien plus exigeante.

Un traitement ne dispense jamais d’une bonne conception : prévoyez une pente pour évacuer l’eau, évitez les pièges à eau aux extrémités, laissez circuler l’air et isolez le bois du sol avec des supports adaptés.

5. La classe de résistance mécanique

Pour une fonction porteuse, vérifiez si le bois est classé mécaniquement, par exemple C18 ou C24 pour les résineux. Plus la classe est élevée, plus les performances caractéristiques annoncées sont favorables, toutes choses égales par ailleurs. Le C24 est souvent recherché pour les structures, mais il ne transforme pas un mauvais plan en projet sûr : la section, la portée, l’humidité et les assemblages restent déterminants.

Un bastaing d’aspect rustique, non classé ou très noueux peut être parfait pour un banc de jardin, mais il est moins rassurant pour une pièce structurelle calculée. Si l’usage est porteur, choisissez un bois identifié, droit et conforme aux préconisations du projet.

6. Le taux d’humidité, le séchage et la finition

Un bois fraîchement scié ou très humide peut sécher après la pose, se rétracter, se tordre ou fissurer. Pour un meuble, un établi précis ou une structure intérieure visible, privilégiez du bois séché et, si nécessaire, raboté. Pour un ouvrage extérieur rustique, les tolérances sont plus grandes, mais les déformations restent à anticiper.

Le raboté est plus agréable au toucher et plus net visuellement. Le bois brut de sciage est moins cher et très adapté aux structures cachées, mais il demande parfois un ponçage ou des ajustements.

7. L’état de chaque pièce en magasin

Choisissez vos bastaings un par un lorsque c’est possible. Regardez-les dans la longueur : écartez les pièces fortement vrillées, arquées ou fendues en profondeur, surtout près des zones d’appui et de fixation. Les nœuds font partie du bois ; en revanche, un gros nœud traversant à un endroit très sollicité est moins souhaitable. Vérifiez également l’absence de moisissure active, de traces d’insectes ou d’écrasements aux extrémités.

Bois brut de sciage

  • Généralement plus économique.
  • Très adapté aux ossatures invisibles et aux projets rustiques.
  • Offre des sections importantes et une bonne disponibilité.
  • Supporte bien une finition lasurée ou saturateur après préparation.

Bois raboté et séché

  • Surface plus propre, plus douce et plus esthétique.
  • Plus confortable pour les meubles et les réalisations intérieures.
  • Dimensions souvent plus régulières.
  • Coût supérieur et disponibilité parfois plus limitée en très grandes sections.

Quel budget prévoir pour des bastaings ?

Le prix dépend de la section, de la longueur, de l’essence, du traitement, du séchage, de la qualité de tri et de la région. À titre purement indicatif, un bastaing résineux courant peut représenter quelques dizaines d’euros par pièce pour une longueur standard. Les grandes longueurs, le bois raboté, le douglas, un traitement pour l’extérieur ou une qualité structurelle identifiée augmentent naturellement la note.

Pour comparer correctement, ne regardez pas seulement le prix affiché de la barre : ramenez-le au mètre linéaire, voire au volume si vous achetez beaucoup. Ajoutez au budget les sabots, équerres, vis structurelles, tiges filetées, ancrages, plots, membranes de protection, produits de finition et la livraison. Sur une terrasse ou un abri, ces accessoires peuvent représenter une part importante du coût final.

Poste de dépenseOrdre de grandeur indicatifCe qui fait varier le coût
Bastaing résineux brutSouvent de quelques euros à plusieurs dizaines d’euros par mètre linéaire selon sectionLongueur, section, origine, qualité de sciage
Bois extérieur traité ou naturellement plus durableGénéralement plus élevé qu’un résineux intérieur brutClasse d’emploi, essence, traitement, certification
Fixations structurellesDe quelques euros pour de petites fournitures à un budget notable sur un grand projetSabots, vis inox ou zinguées, ancrages, connecteurs
Livraison ou location de véhiculeÀ anticiper dès les longueurs importantesDistance, poids total, accès au domicile

Bien couper, fixer et stocker vos bastaings

Les outils utiles

Une scie circulaire avec un guide, une scie à onglet adaptée à la hauteur de section ou une scie sabre pour les ajustements sont les outils les plus courants. Prévoyez aussi un mètre, une équerre de charpentier, un niveau, des serre-joints, un crayon de chantier, une perceuse-visseuse assez coupleuse et des forets à bois. Pour les assemblages structuraux, les vis doivent être dimensionnées pour cet usage ; une petite vis à bois polyvalente n’est pas une réponse universelle.

Les règles de pose qui font la différence

  • Prépercez près des extrémités afin de limiter le risque de fente, notamment avec de grosses vis ou des tirefonds.
  • Utilisez des connecteurs métalliques adaptés lorsque l’assemblage doit reprendre des charges : sabots de solive, équerres renforcées, ancrages et boulons ne sont pas interchangeables.
  • Respectez les distances aux bords et aux extrémités préconisées par le fabricant des fixations.
  • Protégez les coupes en extérieur : une extrémité coupée est plus vulnérable à l’humidité qu’une face intacte.
  • Évitez le contact permanent entre le bois et la terre, le béton humide ou l’eau stagnante.
  • Contrôlez l’équerrage, le niveau et l’alignement au fur et à mesure, pas seulement à la fin.

Pour le stockage, posez les pièces à plat sur des tasseaux régulièrement espacés, à l’abri de la pluie directe mais dans un lieu ventilé. Ne les plaquez pas contre un mur humide et ne les laissez pas sur un sol mouillé. Si vous stockez plusieurs jours, alignez les cales verticalement les unes au-dessus des autres : cela limite le cintrage.

⚠️ Sécurité : ne sous-estimez pas une structure porteuse

Ne copiez pas aveuglément l’entraxe ou la section vus sur une vidéo : les dimensions dépendent de la portée, des charges, de la fixation au bâti, du vent, de la neige et de l’usage. Pour un plancher habitable, une toiture, une grande pergola, un balcon ou un linteau, une validation professionnelle est vivement recommandée.

Les erreurs fréquentes à éviter

  1. Confondre esthétique et résistance. Un bois droit et joli n’est pas forcément classé pour un usage structurel.
  2. Choisir une section sans connaître la portée. C’est l’une des erreurs les plus courantes et les plus risquées.
  3. Poser le bastaing à plat quand il doit travailler sur chant. Vous perdez une grande partie de sa capacité à résister à la flexion.
  4. Oublier l’eau. Même un bois traité vieillira mal s’il baigne dans l’humidité ou manque de ventilation.
  5. Négliger les fixations. Une excellente pièce de bois assemblée avec des vis inadaptées reste un point faible.
  6. Acheter sans vérifier la rectitude. Un bastaing vrillé rend l’assemblage pénible et peut déformer tout l’ouvrage.
  7. Transporter sans préparation. Ces pièces sont longues, lourdes et parfois encombrantes : sécurisez-les sur galerie ou faites-vous livrer.

Alternatives au bastaing selon votre projet

Le bastaing n’est pas toujours le choix le plus malin. Pour une petite étagère, des tasseaux ou des chevrons suffisent souvent et allègent le rendu. Pour une terrasse, des lambourdes correctement dimensionnées peuvent être plus pratiques si les portées sont courtes. Pour une grande portée, un bois massif de section supérieure, du bois lamellé-collé, une poutre métallique ou une solution conçue par un professionnel peut être plus pertinente.

Pour un meuble intérieur soigné, le contreplaqué multiplis, les panneaux massifs collés ou le bois raboté offrent une meilleure stabilité visuelle et dimensionnelle. Enfin, si vous cherchez un rendu décoratif sans charge réelle à reprendre, un habillage plus léger évitera de compliquer inutilement le projet.

La méthode simple avant de passer commande

Avant de remplir votre panier, dessinez votre structure avec les longueurs, les appuis et les fixations. Listez ensuite les pièces, ajoutez une marge raisonnable pour les coupes et les éventuels défauts, puis calculez le poids et le mode de transport. Pour un projet extérieur, vérifiez la classe d’emploi et prévoyez l’évacuation de l’eau dès le plan. Enfin, si l’ouvrage est porteur, faites confirmer le dimensionnement avant d’acheter : c’est le conseil le plus économique, car il vous évite à la fois le sous-dimensionnement dangereux et le surdimensionnement coûteux.

En bref : choisissez votre bastaing à partir de sa mission, non de son nom. Une section lisible, un bois adapté à l’humidité, une qualité mécanique cohérente et des assemblages sérieux vous permettront de bricoler solide, durable et sereinement.